"Ce n'est pas parce que c'est difficile que nous n'osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que c'est difficile ».

Sénèque

 

TraurigesFr_hjahr

 Il y a environ 4 ans, j’ai décidé de suivre une formation accélérée de pâtissier. Je ne sais plus vraiment comment je suis arrivée à choisir cette formation. Je crois que je voulais apprendre un métier artisanal, que je voulais savoir faire quelque chose de mes mains, que je voulais connaître un monde différent du mien…En fait j’étais surtout très curieuse, mais dans le fond je savais bien que je n’étais pas prête à me lever tous les matins à 4 heures et à consacrer mes week-end à mon boulot…Ce rythme est incompatible avec mon désir de passer du temps avec mes enfants, de profiter de ces premières années où ils attendent encore tout de leurs parents…

Cette formation de quelques mois m’a beaucoup plu, j’ai pu approcher le monde de la pâtisserie française, j’ai connu des gens sympathiques et intéressants…Mais j’ai vite compris que pour devenir un bon pâtissier il était trop tard…ou trop tôt.

J’ai donc rebondi sur une idée qui me trotte dans la tête depuis toujours, ma « madeleine » : aller vivre à Berlin, et si tout va bien, m’y installer pour un moment…Thierry n’était pas contre…Il y a trouvé rapidement un emploi, j’ai demandé un congé sabbatique, et nous voilà parti ! La décision s’est prise très rapidement, et au début, tout se déroulait merveilleusement bien : un boulot pour Thierry, des places en Kita pour les enfants, un appartement agréable dans un quartier sympa de Berlin…Et très rapidement, j’ai rencontré Solvey qui venait d’ouvrir un salon de thé adorable et qui cherchait de l’aide ! J’ai donc pu commencer à travailler tout de suite : service, accueil, confection de pâtisseries… Au bout de quelques mois, nous avons décidé de nous associer…Puis, catastrophe pour moi, elle a changé d’avis… 

C’est à ce moment là que je me suis rendue à l’évidence : Berlin est la ville où j’ai rêvé vivre avec ma famille, mais je ne m’étais pas rendu compte qu’ici nous n’étions que des immigrés, volontaires certes, mais immigrés. 

Thierry a perdu son boulot au bout de quelques mois, et malgré de gros progrès en allemand, il n’a jamais réussi à décrocher un autre job…La Kita dans laquelle j’avais mis mes enfants n’était pas vraiment le « Kindergarten » dont on vante les mérites en France. Les éducatrices ne s’investissaient pas du tout dans leur travail, et il s’agissait surtout de garderie…En outre, Garance ne s’intégrait pas du tout à la Kita, la langue allemande étant un obstacle que j’avais sous estimé…En septembre 2009, nous les avons changé de Kita, pour les mettre dans une Kita à taille humaine. Heureusement, Garance s’y est mieux plu, mais l’investissement des éducatrices est d’un niveau très faible également, et le mythe du « Kindergarten » est tombé ! Je ne le savais pas, mais l’éducation est un gros problème à Berlin, et c’est la raison pour laquelle beaucoup de parents choisissent des Kitas privées, ou des « Elterninitiative »… 

En mai 2009, nous devions prendre une décision : rester à Berlin ou partir ? Nous avons choisi de rester, car partir au bout d’une année à peine nous semblait un échec…Mais maintenant, avec le recul, je me pose la question suivante : 2010 a-t-elle été l’année en trop ?

D’un point de vue professionnel cela ne fait aucun doute.

D’un point de vie personnel, j’ai pu tester le rôle de mère au foyer, et consacrer beaucoup de temps à Gustave et Garance. C’est certain que je ne l’aurais jamais fait à Paris…Les enfants ont bénéficié d’un cadre de vie exceptionnel : des journées Kita relativement courtes, de la luge pendant 1 mois, des Spielplatz, des parcs, des fermes en ville, des cafés pour enfants…Je ne pense pas qu’ils aient autant souffert que moi de cette difficulté à nouer des liens sociaux avec des allemands…Etre nouveau quelque part est toujours compliqué, et en Allemagne comme ailleurs, il faut du temps avant de trouver ses marques !

Ce qui est bien dans ce genre d’expérience, c’est qu’on acquiert une empathie avec l’immigré qu’on n’avait pas nécessairement avant, car on n’avait jamais ressenti soi même comment il est difficile de s’intégrer. D’ailleurs, les personnes les plus sympathiques et ouvertes ici, outre les expatriés bien sûr, ce sont les Turcs…Pas étonnant tout bien réfléchi ! 

Il me reste 3 semaines pour profiter de Berlin, sous un temps maussade, en diapason avec mon humeur…Je reviendrai régulièrement ici, comme je l’ai toujours fait, avec plus de souvenirs encore, et j’espère pouvoir me dire dans quelques mois : « Qu’est ce qu’on est bien tout de même à Paris ! »

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