Des patients de seconde catégorie

Depuis que je vis à Berlin, j’ai beaucoup de mal à me faire au système allemand de sécurité sociale : il y a des caisses publiques et des caisses privées…Mais on a le droit d’être « assuré privé » que si on gagne plus de 4160 euros par mois…Certains médecins ne prennent que les assurés du privé…

En général, on attend beaucoup plus longtemps pour avoir un RV et dans la salle d’attente quand on est « assuré public »…Cependant, si on regarde les chiffres sur l’état de santé général de la population allemande, c’est à peu près identique à la France…Il faut donc juste s’habituer à être dans la « seconde catégorie » !

La fin du principe de solidarité en Allemagne ?

Ceci dit, en Allemagne comme en France, les caisses de l’Assurance maladie sont plus déficitaires chaque année. Et, bien que le système allemand soit assez différent du nôtre dans son mode de fonctionnement, jusqu’à aujourd’hui, ils reposent sur un principe identique : celui de la solidarité.

Grosso modo, cela signifie que chacun contribue au financement de l’assurance maladie selon ses revenus, et non selon ses risques (âge, sexe, maladie chronique, fumeur…).

 L’Allemagne a déjà fait une entorse à ce principe, en instituant des assurances privées à côté des assurances publiques, puisque ces assurances ont instauré un calcul de risques et offrent des contrats différents selon l’âge, l’état de santé etc etc

L’assurance maladie française n’a rien d’une assurance…Elle soigne tout le monde de la même manière…Certes, une inégalité est apparue avec les mutuelles, les médecins non conventionnés à honoraires libres, mais la base du système reste que la cotisation versée est proportionnelle aux revenus et que les patients sont à peu près traités de la même manière, riches ou pauvres.

Je ne dis pas que le système français est parfait, loin de là, mais au quotidien il me semble plus juste vis-à-vis des patients.

La Kopfpauschale : remède miracle ?

Le gouvernement de Angela Merkel vient d’oser franchir un pas, en proposant de financer l’assurance maladie publique via une cotisation forfaitaire de 150 euros par personne (la fameuse Kopfpauschale), quel que soit le montant de ses revenus. Seuls les mineurs en seraient dispensés. En outre, il est prévu la création d’un fonds social financé par l’impôt pour payer à la place de ceux qui n’ont pas les moyens (les Hartz 4…nos RMIstes).

Ce serait la solution miracle qui permettrait de créer des emplois, en libérant les entreprises du poids des charges sociales. Celles-ci ne payant plus que 7% du montant des salaires bruts à l’assurance maladie, au lieu de 14, 9 % actuellement ( 7% la part patronale, 7,9% la part salariale).

Cette cotisation forfaitaire ne s’appliquera qu’aux assurances publiques, les assurances privées étant autorisées à fixer elles même le montant de leur cotisation…Il est même prévu de baisser la somme minimum a partir de laquelle on pourra aller s’assurer dans le privé ! Résultat ? Les personnes jeunes et en bonne santé iront dans le privé…les assurances publiques se retrouvant avec les personnes coûtant le plus à l’assurance maladie…Bizarre comme façon de régler le problème !

J’attends avec impatience les résultats de la Commission chargée de mettre en place cette réforme…